Résumé de l'IA

On parle souvent des distractions au travail comme d’un problème de productivité. On consulte un message, on perd le fil et on met plus de temps à terminer une tâche. Mais dans un entrepôt, sur une ligne de production ou au volant, les conséquences peuvent être bien plus graves. Quelques secondes d’inattention peuvent suffire pour ne pas voir un signal d’alerte, se retrouver sur la trajectoire d’un véhicule ou ne pas remarquer qu’une situation a changé.
Le téléphone est évidemment l’une des principales sources de distraction, mais il est loin d’être le seul. E-mails, notifications, bruit, interruptions, fatigue, stress ou encore multitâche peuvent tous détourner notre attention de ce que nous sommes en train de faire. Alors, quelles sont les distractions les plus courantes, pourquoi représentent-elles un risque pour la sécurité et que peuvent faire les entreprises pour les réduire ?
Quelles sont les sources de distraction les plus courantes au travail ?
Pensez au nombre de fois où votre attention est détournée au cours d’une journée de travail normale. Parfois, la distraction est évidente : une notification sur votre téléphone ou un collègue qui vous pose une question. Parfois, elle vient de nous-mêmes : fatigue, frustration ou préoccupations personnelles, par exemple.
- Smartphones, appels et notifications
- Réseaux sociaux et navigation personnelle
- E-mails, outils de messagerie et applications de chat
- Bruit, alarmes et activité dans les environs
- Les interruptions des collègues et les réunions inutiles
- Essayer d'effectuer plusieurs tâches à la fois
- Fatigue, stress et contraintes de temps
- Des espaces de travail mal aménagés ou des processus de travail peu clairs
Bien sûr, les conséquences ne sont pas les mêmes selon les métiers. Une conversation imprévue peut simplement ralentir une tâche administrative. Mais si cela se produit alors qu’une personne est en train d’isoler un équipement, de conduire un chariot élévateur ou de travailler en hauteur, cette même interruption peut entraîner un danger immédiat.
Les distractions au travail sont clairement fréquentes, même si la plupart des données disponibles concernent davantage la productivité que la sécurité. Dans une enquête américaine de 2024, 80 % des employés déclaraient ne pas pouvoir passer une heure sans être distraits, tandis que 59 % indiquaient être interrompus toutes les 30 minutes ou moins. Une autre enquête révélait que les employeurs considéraient les téléphones et les SMS comme les principales causes de perte de productivité, devant Internet, les bavardages et les réseaux sociaux.(1),(2)
Il s’agit toutefois du point de vue des employeurs sur la perte de productivité. Ces chiffres ne prouvent pas que les téléphones sont la principale cause des incidents de sécurité dans tous les environnements de travail. Les distractions les plus importantes dépendent de la tâche, de l’environnement et des personnes qui l’effectuent.
Pourquoi les distractions au travail constituent un enjeu de sécurité, et pas seulement un problème de productivité
Notre capacité d’attention est limitée. Si une partie de cette attention est accaparée par une notification, une conversation ou une préoccupation, il en reste moins pour la tâche en cours. C’est vrai dans tous les métiers, mais les conséquences peuvent être très différentes lorsque le travail présente des risques importants.
Les distractions peuvent notamment affecter:
- L’identification des dangers sur un chantier
- L’utilisation des machines et les contrôles qualité dans l’industrie
- La vigilance vis-à-vis des piétons dans les entrepôts et les centres logistiques
- La conduite de véhicules dans le transport
- La communication pendant les opérations de maintenance ou de consignation des énergies
- Le contrôle des médicaments et la surveillance des patients dans le secteur de la santé
Et la personne distraite n’est pas toujours la seule exposée. Une brève perte d’attention peut également mettre en danger des collègues, des sous-traitants, des patients, des usagers de la route ou le public. Le secteur de la santé en donne un bon exemple. Lors d’une étude observationnelle portant sur 98 infirmiers et infirmières administrant des médicaments dans deux hôpitaux australiens, chaque interruption était associée à une augmentation de 12,1 % des erreurs de procédure et de 12,7 % des erreurs cliniques.(3) Ces chiffres concernent spécifiquement l’administration de médicaments et ne peuvent donc pas être généralisés à tous les environnements de travail. Mais ils montrent bien ce qui peut arriver lorsqu’une tâche exige de l’attention, de la précision et le respect d’un ordre précis.

La distraction survient rarement de manière isolée. Ajoutez-y la précipitation, la fatigue, la frustration ou l'excès de confiance, et le risque augmente. C'est ainsi qu'une interruption banale peut contribuer à une erreur grave.
Comment les téléphones portables augmentent le risque de distraction au travail
Pourquoi s’intéresser particulièrement au téléphone portable ? Parce qu’un seul petit appareil réunit plusieurs sources de distraction : appels, messages, réseaux sociaux, actualités et notifications d’applications. Le réflexe de consulter son téléphone peut devenir presque automatique, même lorsqu’on n’a aucune vraie raison de le faire.
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Mais le téléphone lui-même n’est pas forcément le problème. Les équipes de terrain peuvent en avoir besoin pour recevoir des instructions, effectuer des inspections, faire des signalements, rester en contact lorsqu’elles travaillent seules ou communiquer en cas d’urgence. La vraie question est donc de savoir quand, où et comment il est utilisé. Quelques exemples d’utilisation à risque :
- Lire un message tout en se déplaçant dans un entrepôt
- Regarder un écran à proximité de machines en marche
- Passer un appel au volant ou lors de l'utilisation d'un engin mobile
- Prendre une photo sans s'être d'abord mis à l'abri
- Ne pas avoir entendu une consigne orale, une alarme ou un changement de situation
Distraction cognitive :
On a tendance à se dire : « Je n’ai regardé qu’une seconde. » Mais le simple fait de consulter une notification oblige votre cerveau à passer d’un sujet à un autre. Reprendre la tâche ne signifie pas pour autant que vous y consacrez à nouveau toute votre attention. Une partie de votre esprit peut encore être occupée à analyser le message, à réfléchir à une réponse ou à essayer de se rappeler où vous en étiez resté. C’est ce qu’on appelle parfois le « résidu d’attention ». En termes simples, vous devez reconstituer le tableau : qu’est-ce que j’étais en train de faire ? Qu’est-ce qui a changé ? Quelle est la suite ?
Une étude sur le lieu de travail menée par Gloria Mark illustre parfaitement ce phénomène. Elle a révélé que 81,9 % des tâches interrompues étaient reprises le jour même, mais qu’il fallait en moyenne 23 minutes et 15 secondes aux employés pour revenir à la tâche initiale.(4) Cela ne signifie pas pour autant qu’ils ne faisaient rien pendant ces 23 minutes. Souvent, ils s’attaquaient à deux autres tâches avant de revenir à la première, ce qui multipliait les changements de tâche et augmentait le risque de perdre le fil de ce qu’ils étaient en train de faire. Dans les tâches où la sécurité est primordiale, cette transition a son importance. Une vérification manquée ou une réaction tardive peut suffire à rompre la séquence de sécurité d’une tâche.
Risque physique : téléphones et environnements de travail à haut risque
Pour certaines activités, les yeux, les mains et l’esprit doivent rester pleinement concentrés sur la tâche. L’utilisation d’un téléphone devient particulièrement dangereuse lorsqu’une personne :
- Conduit dans le cadre de son travail
- Utilise une machine ou un équipement mobile
- Travaille en hauteur
- Manipule des outils ou des matières dangereuses
- Circule dans des zones partagées entre véhicules et piétons
- Travaille à proximité de systèmes sous tension, de charges suspendues ou d’équipements lourds
La conduite automobile en est l'exemple le plus flagrant. Le NIOSH recommande aux employeurs d'interdire toute utilisation du téléphone, y compris en mode mains libres, lorsque les salariés conduisent des véhicules de fonction. Il conseille également aux salariés de se garer dans un endroit sûr avant de consulter un itinéraire, d'envoyer un SMS ou de passer un appel.(7) L'agence britannique Health and Safety Executive (HSE) met également en garde contre le fait que les appels en mode mains libres peuvent augmenter le risque d'accident.(8)
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Comment les entreprises peuvent réduire les distractions au travail
Personne ne peut rester parfaitement concentré pendant toute la durée d’un service. Ce n’est pas un objectif réaliste. Une meilleure approche consiste à identifier les moments où une distraction pourrait entraîner des conséquences graves, puis à organiser le travail et à adopter des habitudes qui permettent de préserver son attention lorsque cela compte le plus.
Commencez par cette liste de contrôle pour réduire les sources de distraction au travail:
- Identifiez les tâches et les lieux où un manque d'attention pourrait entraîner un danger.
- Passez en revue les règles d'utilisation du téléphone avec les personnes qui effectuent le travail.
- Mettez en place, le cas échéant, des zones clairement signalées où l'utilisation du téléphone est interdite.
- Prévoir des lieux sûrs ou des moments réservés à la communication indispensable.
- Réduire les alertes, messages et signaux d'alarme superflus.
- Former les superviseurs à donner l'exemple du comportement attendu.
- Intégrer la question de la distraction dans les briefings et les évaluations des risques liés aux tâches.
- Encourager le signalement des « presqu'accidents s » liées à la distraction.
- Analyser les données relatives aux incidents afin d'identifier les schémas d'interruption, de fatigue et de changement de tâche.
- Insistez régulièrement sur les bons réflexes de sécurité, et pas seulement après un incident.
Et ne vous concentrez pas uniquement sur les téléphones personnels des employés. Les organisations sont elles aussi source de distractions. Interdire l'utilisation des téléphones ne résoudra pas les problèmes liés à des priorités mal définies, à un trafic radio excessif, à des messages envoyés au mauvais moment ou à des superviseurs qui interrompent leurs collaborateurs au beau milieu de tâches cruciales.
Mettre en place une politique claire concernant l'utilisation des téléphones portables pour les équipes de terrain
« Utiliser les téléphones de manière responsable » : cela semble raisonnable, mais qu’est-ce que cela signifie concrètement lors d’un service chargé ? Une politique relative à l’utilisation des téléphones portables doit être suffisamment précise pour guider une prise de décision concrète. Elle doit expliquer :
- Dans quelles circonstances les téléphones personnels et professionnels peuvent-ils être utilisés ?
- Quelles tâches et dans quels espaces faut-il ranger les téléphones ?
- À un endroit où les travailleurs peuvent s'arrêter en toute sécurité pour vérifier un appareil
- Comment seront gérées les communications en cas d'urgence et celles concernant les travailleurs isolés
- Les règles relatives à la conduite et à l'utilisation des machines
- Comment les responsables doivent-ils réagir face à une utilisation non conforme aux règles de sécurité ?
- Comment ces règles s'appliquent aux prestataires et aux visiteurs
Ces règles doivent également s'appliquer dans les deux sens. Si les responsables appellent leurs collaborateurs alors qu'ils sont au volant ou exigent des réponses immédiates pendant qu'ils effectuent des tâches cruciales, cette politique perdra rapidement toute crédibilité.
Utilisez la technologie pour renforcer les bons réflexes en matière de sécurité, et pas seulement pour limiter l'utilisation des téléphones
Parler d'apprentissage mobile juste après avoir mis en garde contre les distractions liées au téléphone peut sembler un peu contradictoire. Mais la différence réside dans le moment et la manière dont le téléphone est utilisé. Il représente un risque lorsqu'il détourne l'attention d'une tâche essentielle à la sécurité. Utilisé avant une prise de service, pendant une formation planifiée ou dans un espace de pause sécurisé, il peut favoriser l'apprentissage et renforcer les habitudes de sécurité.
Les courtes activités pédagogiques et les rappels de sécurité doivent toujours être proposés à des moments sûrs et appropriés. Il ne faut jamais inciter les travailleurs à utiliser un appareil lorsqu’ils marchent, conduisent ou effectuent une tâche critique.
Pourquoi il est plus important d'adopter des habitudes plus sûres que de suivre une formation ponctuelle à la sécurité
L’accueil sécurité et la formation annuelle permettent d’expliquer les règles. Mais six mois plus tard, au beau milieu d’une journée chargée, qui se souvient vraiment de cette diapositive ? La distraction est souvent une question d’habitude. Nous prenons notre téléphone sans même y penser parce que nous avons répété ce geste des milliers de fois. Une seule présentation a peu de chances de modifier un automatisme aussi bien installé. Pour y parvenir, les personnes doivent avoir régulièrement l’occasion de repérer le risque, de s’entraîner à adopter une réponse plus sûre et de faire le lien avec leur quotidien.
Passer de la règle au réflexe : l’objectif de la formation à la sécurité moderne
Savoir que les téléphones sont interdits à proximité des machines est une chose. Se rendre automatiquement dans une zone sûre avant de consulter son téléphone en est une autre. C'est dans cet écart entre la connaissance et l'action que les habitudes jouent un rôle essentiel. La réaction doit être suffisamment simple pour être mise en œuvre sur le moment : prendre conscience de l'envie de consulter son téléphone, marquer une pause, se déplacer vers un endroit sûr et ce n'est qu'ensuite qu'utiliser l'appareil.
Ce principe s'applique également aux distractions que l'on ne peut pas simplement éliminer. Lorsque les gens apprennent à se rendre compte que la précipitation, la fatigue ou la frustration affectent leur concentration, ils ont la possibilité d'agir avant qu'une erreur ne se produise.
Le rôle du micro-apprentissage et de la consolidation quotidienne
C’est là que le micro-apprentissage peut s’avérer utile. Il transforme un sujet en activités courtes et ciblées que les personnes peuvent revisiter au fil du temps. Au lieu de se contenter de dire « évitez les distractions », une activité pourrait par exemple demander à quelqu’un d’identifier l’endroit le plus sûr pour répondre à un appel ou de réfléchir à un moment où une interruption l’a amené à omettre une étape. Cela ne remplace pas l’évaluation des risques, les systèmes de travail sécurisés ni la supervision. Cela aide simplement les personnes à mettre ces mesures de contrôle en pratique de manière plus cohérente.
Comment YOUFactors aide les équipes à transformer la sensibilisation à la sécurité en actions concrètes au quotidien
C'est précisément ce à quoi l'application YOUFactors est destinée. Entre deux sessions de formation formelles, l'application recourt à l'apprentissage ludique, à de courts modules, à des incitations comportementales et à des activités pratiques pour entretenir les compétences en matière de facteurs humains et de sécurité. Les utilisateurs apprennent à identifier les états susceptibles d'augmenter le risque d'erreurs critiques, notamment la précipitation, la frustration, la fatigue et la complaisance, puis s'entraînent à mettre en œuvre des méthodes simples pour les gérer dans des situations quotidiennes.
Sources
- Insightful (2024), « Lost Focus : le coût des distractions sur la productivité dans le monde du travail moderne » : https://www.insightful.io/reports/focus-time
- CareerBuilder (2016), « Une nouvelle enquête de CareerBuilder révèle à quel point les smartphones nuisent à la productivité au travail » : https://www.prnewswire.com/news-releases/new-careerbuilder-survey-reveals-how-much-smartphones-are-sapping-productivity-at-work-300281718.html
- Westbrook, J. I. et al. (2010), « Association entre les interruptions et l'augmentation du risque et de la gravité des erreurs d'administration de médicaments », Archives of Internal Medicine, 170(8), 683–690 : https://doi.org/10.1001/archinternmed.2010.65
- Gallup, entretien avec Gloria Mark (2006), « Trop d’interruptions au travail ? » : https://news.gallup.com/businessjournal/23146/too-many-interruptions-work.aspx
- Ohly, S. et Bastin, L. (2023), « Effets des interruptions de travail causées par les notifications des applications de communication sur la fatigue et les performances », Journal of Occupational Health, 65, e12408 : https://doi.org/10.1002/1348-9585.12408
- Stothart, C., Mitchum, A. et Yehnert, C. (2015), « The attentional cost of receiving a cell phone notification », Journal of Experimental Psychology: Human Perception and Performance, 41(4), 893–897 : https://doi.org/10.1037/xhp0000100
- Institut national pour la sécurité et la santé au travail, « La distraction au volant au travail » : https://www.cdc.gov/niosh/motor-vehicle/distracted-driving/index.html
- Agence britannique pour la santé et la sécurité au travail (HSE), « Conduire et rouler en toute sécurité dans le cadre du travail. Veillez à la sécurité des conducteurs et des motocyclistes » : https://www.hse.gov.uk/roadsafety/employer/make-sure-drivers-riders-are-safe.htm
- Zatezalo, N., Erdogan, M. et Green, R. S. (2018), « Accidents de la route et décès chez les conducteurs distraits par des appareils mobiles », Journal of Emergencies, Trauma, and Shock, 11(3), 175–182 : https://doi.org/10.4103/JETS.JETS_24_18

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